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lundi 1 août 2016

Interview Cafébabel de Shurik'n : « Le rap, ça peut être mieux demain »



Il y a presque vingt ans, IAM sortait L'École du micro d'argent, un album classé au panthéon du rap français. Depuis, deux décennies ont passé, mais les textes nous rappellent qu'hier, ce n'est pas si loin. Les classiques, l'époque, les Panama Papers, Nuit Debout... Interview au fil de l'épée avec l'un des derniers samouraïs.

« Allo ? » La voix est familière. Dès les premiers mots, on la reconnaît. C'est celle d'un samouraï. Celle du premier couplet de « L'École du micro d'argent » et de « La Lettre ». Celle qui conclut : « Il vient à peine de sortir de son oeuf que déjà Petit Frère veut être plus gros que le boeuf ». Celle de Shurik'n, membre de l'un des plus grands groupes de rap français : IAM
Avec son flow unique et une écriture soignée, le rappeur affûte ses phases depuis bientôt 30 ans sur la scène hip-hop française. Mais à l'aube de la cinquantaine, le binôme d'Akhenaton a pourtant encore beaucoup de choses à dire. Depuis quelques jours, le groupe marseillais est d'ailleurs de retour en studio pour préparer un nouvel album qui devrait sortir en 2017. Entre deux sessions d'enregistrement, Shurik'n a décroché le combiné pour nous parler des punchlines passées, des mouvements présents et de sa vision de l'avenir. Retour vers le futur en duplex de la planète Mars.

cafébabel : En 1997, vous sortiez L’École du micro d’argent, un album qui a eu un impact culturel, mais aussi social, considérable. Vingt ans plus tard, quel est le rôle du rap dans la société ?
Shurik’n : On aurait préféré que ce ne soit pas le cas, mais certains de nos textes sont encore d’actualité. Je pense à « Demain, c’est loin », à « Petit Frère », à « La Fin de leur monde »… Mais, tu sais, les rappeurs n’ont pas spécialement un rôle important à jouer, tout le monde a un rôle à jouer, tous les courants musicaux. À partir du moment où tu te positionnes dans tes paroles et dans ton discours, que tu as des choses à dire et que tu les défends, c’est la même chose pour tout le monde. La différence aujourd’hui, c’est que le rap a subi les mêmes changements que la société dans laquelle il vit, bien qu’au départ, comme on l’a longtemps clamé, c’était une culture parallèle. Au final, il a été assimilé et a évolué avec les mêmes travers.

cafébabel : Donc tu n’es pas satisfait de cette évolution ?
Shurik’n : Non, mais c’est différent. Aujourd’hui, ce qui était mainstream à l’époque est devenu plus underground. Le rap s’est diversifié. Donc voilà, plus c’est large, plus y a de la masse et plus y a du déchet. Y a vraiment tous les niveaux, mais l’avantage, c’est que maintenant, on a un outil pour aller sélectionner ce qu’on veut écouter. Tu peux aller entendre un petit groupe au fin fond de l’Amérique latine qui envoie grave, tu peux te tenir au courant de ce qu’il se fait partout dans le monde... Tu peux écouter tout ce que tu as envie d’écouter et ne pas écouter ce que tu n’as pas envie d’écouter.

La suite de l'interview est accessible sur le site de Cafébabel.

vendredi 1 mai 2015

Article Obs // Akhenaton : on devait se réapproprier ce que la culture mainstream a volé au Hip Hop

On danse le MIA à l'IMA… Le leader du mythique groupe IAM retrace l'histoire du mouvement le temps d'un flow muséal à l'Institut du monde arabe. Interview.


Il paraît loin le temps des MC facétieux, jouant des coudes pour poser leur flow sur un set d’Afrika Bambaataa à l’orée des seventies crasses, des jeunes grapheurs qui s’essayaient aux peintures rupestres version béton armé pour égayer leur grise journée d’errance près de la station Stalingrad, des morveux fans de funk aux revendications politico-mélancoliques qui se retrouvaient au cours Julien…
Dans une ère où l’on doit capitaliser le plus efficacement possible sur une célébrité éphémère et où les rimes tapageuses de Maître Gims envahissent les ondes, on a tendance à l’oublier, mais le rap est pourtant encore incisif, empli de voix impétueuses qui scandent à la face du monde leur rage de vivre.
Après le Bronx new-yorkais, la Cité Allende de Saint-Denis, les Quartiers Nord marseillais, il bouillonne aujourd’hui dans les rues tunisiennes, libanaises, saoudiennes… où toute une génération éprise de liberté défie les gouvernements en place. C’est ce qu’a souhaité montrer Akhenaton, membre fondateur du mythique groupe de rap IAM et directeur artistique de la nouvelle exposition de l’Institut du Monde arabe.

1 100 m2 consacrés à l’histoire du mouvement, dans un parcours qui se refuse à être didactique, mais qui met en lumière la porosité des nombreux courants du genre.

Des ghettos-blasters côtoient les premiers vinyles des précurseurs, des clichés mettent en lumière des amitiés oubliées… On déambule à travers des espaces touffus, regorgeant d’objets iconiques, distillant quelques vidéos emblématiques (un extrait sur grand écran de l’inoubliable Do the Right Thing, de Spike Lee) et œuvres contemporaines, où l’on prend le temps de poser un graf au Posca sur un mur, de s’affaler sur les canapés en skaï pour profiter de la bande-son… Un double chill façon Akhenaton.
Vous, directeur artistique d’une exposition à l’Institut du Monde arabe, ça s’est fait comment ?
Akhenaton – C’est grâce à Mario Choueiry, qui travaille à l’IMA et que je connais depuis EMI, notre maison de disque de l’époque. Par son biais, on a fait des collaborations avec des artistes du monde arabe. Nous sommes devenus amis. Et il y a quelque temps, il m’a proposé de faire une exposition sur le hip-hop.
J’ai discuté avec les équipes artistiques. Il ne fallait surtout pas être didactique. On a énormément travaillé sur la transmission. La transmission dans les années 1970 du hip-hop de New York vers la France, et celle de New York vers les pays arabes.
On souhaitait baser l’exposition sur l’universalité de cette culture, la créativité. Parce que disons le clairement, dans les pays arabes, il n’y a pas que des intégristes avec des drapeaux noirs – qui sont d’ailleurs très peu nombreux mais qui font beaucoup de bruit. Il y a des gens qui créent, font des morceaux, composent, graffent, partagent ce langage universel. Et avec qui, nous, groupes de rap français et américains, on a une proximité parce que notre langage commun, c’est la culture hip-hop.
Concrètement, comment êtes-vous en contact avec le rap des pays arabes ?
Je vais très souvent au Maghreb, surtout au Maroc parce que ma femme est d’origine marocaine. Et nous faisons souvent des concerts dans les pays arabes avec IAM, où nous avons un public très fidèle. Dans le rap arabe, il y a beaucoup de combats. En Tunisie, des musiciens comme Klay BBJ, qui a écrit des textes contre Ben Ali, sont fortement engagés. En Égypte, lors de notre série de concerts au pied des pyramides, on avait rencontré plein de collectifs.
Je voulais valoriser ce qui se fait dans les pays arabes. Nous, on s’est fait ravir notre manière de parler, de nous habiller, de penser… qui ont été transformés en clichés. Il était temps de se réapproprier tout ce que la culture mainstream nous a volé et le défendre fièrement : c’est à ça que sert l’exposition.
IAM, en 1988
Shurik'n et Akhenaton, au Manoir hanté, à Marseille, en 1988, par Jean-Pierre Maéro
Estimez-vous que ce rap engagé s’est déplacé de la France, où il a été extrêmement vif dans les années 1990, vers les pays arabes ?
Non, le rap conscient existe en France, mais il est aujourd’hui minoritaire. Ce n’est absolument pas grave. En France, on a tendance à croire que le rap est systématiquement « conscient ». C’est faux. De 1972 à 1982, le rap, ce n’est que de l’entertainment, de la musique de club. L’aspect conscient arrive quand la presse rock déjà établie se réapproprie le message. Et bien sûr avec l’arrivée de Public Enemy, en 1986.
Puis c’est devenu une tradition française, parce qu’en France, il y a une tradition de plume. Mais on peut avoir une tradition de rap poétique aussi. Il n’y a pas besoin d’être engagé pour faire de la poésie. C’est évident que dans les pays arabes, avec le type de gouvernement, il est impossible d’avoir du rap qui n’est pas conscient. Culturellement, il y a une forme d’orthodoxie traditionnelle qui pousse à faire un rap engagé.
L’exposition est aussi un moyen de mettre en avant l’écriture. Comme celle de Shadia Mansour, par exemple, que je connais bien. Elle a fait de son combat une revendication historique et territoriale, même si je ne suis pas toujours d’accord avec ses prises de position. D’ailleurs, je lui conseille souvent de faire attention à ne pas être trop frontale.
La culture parvient à faire beaucoup de choses. C’est pour ça que les coupes dans les budgets culturelles aujourd’hui en France sont dramatiques. Ce qui s’est passé le 7 janvier est lié à un déficit culturel. C’est la fabrique à crabes qu’on a déclenché il y a une quinzaine d’années avec un combo de télé réalité, de réseaux sociaux, de surreprésentation de soi, de délire messianique…
Je n’ai aucun espoir sur l’existence humaine. Je suis très pessimiste quand je vois les réactions des gens. Le débat, aujourd’hui, n’existe pas. Tout est devenu hyper manichéen. Ou tu es extrémiste, ou tu es laïque. Ou tu es Charlie ou tu n’es pas Charlie… Il ne faut pas que les débats soient capturés par tous les extrêmes. J’ai plus l’espoir qu’elle donne envie, qu’elle fasse naître des vocations, mais rétablir un débat, un dialogue, je n’y crois pas.
Dans une rue du Caire, par Abdo El Amir
Comment expliquez-vous la polémique autour de la pub pour Coca-Cola…
Je me suis fait contacter par Coca-Cola. Ils m’ont donné carte blanche pour parler de ma conception du bonheur… J’ai accepté à la condition que je puisse reverser l’intégralité du cachet à des associations. Bien sûr, j’ai eu un vrai débat intérieur.
Finalement, je me suis rendu compte que ces grosses firmes internationales font plus pour le hip-hop que des entreprises que je défends. RedBull, par exemple, a créé des studios d’enregistrement, a collaboré avec des artistes comme Sean Prize, qui est quand même un rappeur extrême.
Et j’ai réalisé qu’on était soutenus par des entreprises que nous, dans des luttes cheguevaresques des années 1970, on avait définies comme étant le mal. Ma grande déception, c’est de n’avoir aucune entreprise française partenaire de cette exposition.
Et le fait que le hip-hop rentre dans un musée, est-ce que ça ne signifie pas la fin du mouvement artistique ?
Il y a vingt ans, je pensais cela, mais aujourd’hui il me semble qu’il est important de montrer ce que le mouvement a apporté à la culture mainstream et de recontextualiser le rap, de dire aux jeunes : « voilà, tu aimes le hip-hop, mais regarde ton rap, il vient de là ». Le rap, ce n’est pas qu’une Audi, une chaîne en or et un seau Bacardi. L’expo, je ne l’ai pas voulue impérative. Alors oui, le hip-hop entre au musée, mais de manière éphémère.
Propos recueillis par Marie-Lou Morin et Elie Villette

lundi 11 août 2014

[Exclu Blog IAM] Sébastien Damiani: Akhenaton m'a proposé de partir avec lui dans cette belle aventure musicale et humaine.


Tu as collaboré avec IAM sur Arts Martiens et ...IAM. Peux-tu nous parler de cette collaboration? Quel était ton rôle?

Et bien j'ai eu l'honneur de travailler intensément sur des sons des deux albums, soit avec Chill soit avec Faf, un peu avec Tonton. J'ai co-signé beaucoup de titres, compositions et arrangements. En discutant avec le groupe, j'ai pu leur proposer des idées différentes, qui ont toutes été explorées et validées, selon avec qui je travaillais:

a) La recherche de thèmes originaux mélodiques, et les arrangements orchestraux que j'ai pu réaliser par-dessus, grâce à des plug-in de toute beauté, au studio (cordes, cuivres, claviers, basses, etc..)
b) La composition de "mini-oeuvres", d'une durée d'environ 2 à 4 minutes, je partais dans l'idée de composer une musique style B.O de film, selon mes sentiments du moment (souvent en harmonies mineures, c'est ma touche, ma façon d'être). J'avais carte blanche et la confiance de l'équipe. J'y apportais ma sensibilité et quand j'avais terminé, je faisais écouter à Chill ou Faf, ils tapaient dedans et samplaient les passages qui leur plaisait.
c) Comme dans "Poudre de Brique Rouge", où Chill a samplé une de mes anciennes compositions (2010 pour celle-ci), réalisée avec mon ami saxophoniste Claude Barrière.

J'ai voulu apporter mon expérience musicale au groupe, j'en rêvais depuis plus de dix ans, depuis le travail qu'avait effectué Bruno Coulais ou Alexandre Desplat à l'époque. Tout a été basé sur la confiance, l'amitié et un grand respect mutuel. Sans oublier la déconne et surtout le "branchage" journalier obligatoire.

Car faut pas déc....mais heureusement que je suis là, parce que sinon.... :)))))))

Cette collaboration s'inscrit dans la durée puisque tu travailles sur le projet solo d'Akhenaton. Comment as-tu abordé ce projet? Quel a été ton apport?

Akhenaton m'a proposé de partir avec lui dans cette belle aventure musicale et humaine. Une véritable collaboration en duo. Je lui ai dit banco quand il m'a assuré qu'il ferait la cuisine au studio. Il est au top aussi pour ça! :)))) Et je suis moi aussi un Italien, alors la bouffe, ça compte.... :)

Plus sérieusement, nous avons créé plus de 30 titres originaux, composé et arrangé chaque morceau, en partant le plus souvent d'une feuille blanche. Je ne peux encore en divulguer le contenu, mais sache qu'il y aura du lourd.

Quel bonheur pour moi que d'entendre Akh' chuchoter les premiers mots sur un de nos instrus qui lui parlent, d'être à côté de lui, au clavier, et de découvrir pendant que je joue la mélodie les premiers flow qui lui viennent, qui vont se coller au son. Magique.

Concernant mon apport, je pense que Chill et le public sera à même de te dire comment ils voient celui-ci, ce que je peux éventuellement te dire, c'est que ma sensibilité musicale colle bien à celle d'Akh' je pense, nos influences musicales se rejoignent malgré un parcours différents, que l'on s'est retrouvé quasiment tout le temps d'accord sur les choix à faire dans nos compos, que j'ai pu jouer toutes les parties musicales d'orchestrations qui a évité de longues séances d'enregistrements avec des zicos et que nous avons donné le maximum tous les deux pour que cet album soit à la hauteur de l'attente du public.

Il faut dire aussi que nous avons pu réaliser cet album sans trop de sampling, car c'est aujourd'hui une réalité en France. Le sample est devenu trop onéreux. Je suis donc intervenu sur ce beau projet en apportant de la création musicale et de nouvelles mélodies.

Il ne faut pas oublier que Chill a aussi à gérer la tournée avec IAM, et que le timing de la sortie de l'album est précis. J'ai donc essayé de l'épauler au maximum. Après, que ce soit pour Chill ou pour le groupe IAM, ils n'ont pas attendu Sébastien pour réaliser de magnifiques morceaux, et devenir ce qu'ils sont aujourd'hui, des légendes du hiphop. J'ai juste eu la chance de pouvoir être accepté par tous, et je me dois d'être à la hauteur de leur confiance.

CQFD.. ;)


Tu as un parcours plutôt classique. Comment es-tu venu au Hip Hop? Qu'apporte ton oreille classique au son Hip Hop?

J'ai l'impression d'avoir déjà vécu plusieurs vies.

Quand tu dis parcours classique, attention, j'ai démarré pourtant dans le milieu de la musique dite de "variété", très jeune, enchainant les plateaux TV, l'Olympia en 85, les tournées mondiales, disque d'or au Japon, en tant que tout jeune pianiste interprète et compositeur. J'avais douze ans.

C'est seulement à 14 ans (vieux pour cette discipline) que j'ai décidé de me perfectionner dans la musique classique, que mon père m'avait fait découvrir très jeune. Mes parents m'ont vraiment aidé à devenir ce que je suis aujourd'hui, et mon père m'a poussé, lorsque j'étais en mode "j'en peux plus, c'est difficile"....Heureusement...

J'ai donc obtenu ma médaille d'or rapidement, au conservatoire de Nimes, grâce aussi à des professeurs formidables, puis j'ai continué à me perfectionner avec la fine fleur mondiale des interprètes classiques pianistes. A force de travail et de rencontre, j'ai pu acquérir un bagage musical assez complet, même si je pense que l'on apprend tous les jours.

Je pense être prêt aujourd'hui à scorer pour de la musique de film et à travailler dans ce monde de la B.O, ici ou à l'étranger. Je peux scorer pour un orchestre symphonique et jouer les "piano parts".

Concernant le hiphop, le sample c'est la base. Tonton (Imhotep) fait cela magnifiquement bien, mais Jo dans l'album "Où je vis", Faf dans "c'est ma cause", Chill dans ses albums solos ou pour le groupe, font cela parfaitement aussi. Ils arrivent à donner de l'émotion avec la façon dont ils samplent. Taper dans une œuvre et la revisiter, la transformer, on entend souvent au final de très belles choses avec eux. Et bien sûr chez les ricains (Alchemist, SkiBeatz, etc..)

Je comprends et valide cela. Pour moi, une boucle efficace doit pouvoir être écoutée sans jamais s'en lasser une seconde. Elle doit apporter un frisson et nous transporter, nous faire voyager, même sans les mots, à chaque fois. Je pense avoir l'expérience et le feeling pour savoir comment construire, composer un instru qui aurait le potentiel à être samplé.

Où même être mise en boucle telle quelle, sans la retoucher, sans cutter dedans (exemple avec Dernier coup d'éclat, Après la Fête, Renaissance, si j'avais vingt ans) où j'ai pu avec Chill ou Faf laisser la mélodie s'exprimer sur quelques mesures, sans que l'on cutte à tout va.

En fait, il n'y a pas de règles, ce n'est pas des maths (quoique quelquefois...)) quand la musique est bonne, elle est bonne. Il suffit d'écouter avec le cœur, d'écouter son instinct.

La première impression est souvent la bonne. Et je peux te dire que je suis entouré de personnes qui ont ça dans le sang.

Tu es également très proche de Faf Larage avec qui tu travailles beaucoup. J'ai appris que vous alliez sortir un album commun en 2015. Que peux-tu nous dire sur ce projet?

Tout à fait.
Nous avons avec Faf proposé et réalisé des sons en duo, pour le groupe, depuis 2012.
Nous travaillons en commun sur la compo et les arrangements, même si le beatmaking est plutôt assuré par mon poto.
De mon côté je joue toutes les parties musicales orchestrales.
Nous préparons la sortie de notre album en duo pour début 2015 (je ne rappe pas hein...je suis nul. A Part quand je fais du yaourt US, une vraie bombe alors!... appelez-moi Sean Price! :)))
Nous préparons activement celui-ci, nous sommes en pleins enregistrements, et en phase d'écriture pour Faf.
Du lourd encore...Coming soon..
Le travail avec Faf se rapproche de celui que j'effectue avec Chill, malgré des personnalités bien différentes.
Mais l'objectif reste le même, à savoir que la relation humaine est primordiale (le kiff en commun), que l'exigence et le travail est le maître mot de notre crew, et que l'on kiffe comme des gamins quand on croit tenir enfin une boucle qui tue...
Pour revenir sur notre album, je peux juste te dire qu'il y aura de gros feat, du storytelling, des mélodies "old school", on essaye de revenir à du classic shit...L'essentiel.



Dernière question... As-tu mis ta carrière classique entre parenthèse ou continues-tu à avoir tes projets? Si oui, quels sont-ils?

Pour réussir et tourner dans le milieu de la musique classique, il faut travailler au moins 8 à 10 heures par jour, tous les jours que Dieu fait, au piano.
J'ai fait cela durant des années.
Aujourd'hui je passe même plus de temps par jour en studio!! :)
J'ai découvert à l'époque des œuvres et des compositeurs fabuleux (Chopin, Rachmaninoff, Scriabin, Beethoven, Bach, Ravel,Debussy..). Ces deux derniers m'ont ouvert en grand la voie vers le jazz, la B.O, la compo comme je la ressens.
Lorsque l'on entend du Quincy Jones, du Steve Wonder, du Marvin Gaye, du Keith Jarret, du Barry White, du John Barry, on entend les couleurs de Ravel, ses harmonies. Je suis dans ce mouv' là.
Je ressens depuis longtemps le besoin de composer, de faire ressortir tout ce que je peux garder enfoui en moi.
Etre interprète classique ne me comblait pas entièrement, malgré de grandes joies. Vraiment. La composition est ma drogue.
Je reste persuadé de refaire quelques récitals classiques, de revenir sur scène pour jouer des œuvres classiques, mais ce sera dans un tout autre état d'esprit que celui que j'affichais à l'époque. Ce n'est pas comparable.
Quand à mes projets, je sors mon site web perso dans quelques jours, made by LaKonfiserie, où l'on pourra s'apercevoir que le Hiphop n'est pas mon seul centre d'intérêt, même s'il tient une place très importante dans mon cœur.
Je travaille avec un joueur de Erhu qui s'appelle Guo Gan, sur un album en commun et une tournée mondiale qui suivra, sur des œuvres de ma composition.
Les belles voix Soul et certaines, plus Pop, me touchent aussi, et collaborer avec certaines m'intéresserait.
Mais le principal, mon rêve, est de continuer à avancer dans la composition orchestrale, pour par exemple signer les scores de beaux films au cinéma.


jeudi 10 juillet 2014

Interview du PetitJournal sur la tournée d'IAM en Chine




A la veille de la Fête de la musique, ce samedi 21 juin, lepetitjournal.com/pekin vous propose cette semaine d'aller chaque jour à la rencontre d'un musicien ou d'un groupe, chinois ou français, connu ou moins connu. Après 冬子 Dongzi, Byga, 浮沙 Fu Sha et Ajinai, c'est le légendaire groupe IAM qui clôt la semaine en beauté. Ce monument historique de la scène rap et hip-hop française a posé ses mots engagés et ses instrus aux accents extrême-orientaux sur la scène enflammée du Yugongyishan, à Pékin, avant de poursuivre sa tournée à Shanghai et Shunde Daliang.

IAM a marqué toute une génération de Français dans les années 1990, et il suffit, pour s'en convaincre, d'entendre la foule de spectateurs répéter, émus, au détour d'une conversation "c'était toute ma jeunesse" ou encore "j'ai grandi avec IAM". Le public, fiévreux, n'attend que quelques notes pour s'enflammer d'un seul souffle à la vue de ses idoles. Il n'attend que quelques mots pour scander en choeur les paroles phares, un sourire extatique aux lèvres, le même sourire qui reviendra très régulièrement sur le visage d'Akhenaton et des autres membres du collectif.

Le groupe marseillais ne s'est pas contenté de jouer la fibre nostalgique pour autant, il n'aurait sinon pas duré depuis prêt de 30 ans. Ce voyage en Chine, vécu comme une forme de retour aux sources, était aussi l'occasion de subtiles re-créations avec des musiciens du cru, Tulegur Gangzi ou Nine Treasures, magnifiant s'il en était besoin des tubes aujourd'hui ancrés dans la conscience collective depuis leurs débuts en 1985 (sous le nom de Lively Crew). Petit Frère, L'école du micro d'argent, Je danse le Mia, CQFD, L'empire du côté obscur ou encore Nés sous la même étoile se succèdent, agrémentés d'un banc ici, de sabres lasers là, petites fantaisies pour pimenter ces retrouvailles avec un public conquis. A la fin de la transe, ce dernier ressortira avec cette douce euphorie d'avoir vécu une parenthèse enchantée.
Avant le concert, le groupe a répondu à nos questions le temps d'une interview. Leaders du groupe, Akhenaton et Shurik'n le sont aussi face aux médias. Ce sont eux qui prennent la parole, et dans le prolongement fidèle de leurs chansons engagées, à moins que ce ne soit l'inverse, ils réussissent à glisser quelques piques bien senties, tout en parlant de cette Chine qui a tellement inspiré leurs débuts, notamment à travers son cinéma.

La suite est à lire ici


mardi 12 novembre 2013

[La Provence] Akhenaton : "Forza Marsiglia !"


"OM-Naples en Champions League, ce n’est vraiment pas de chance. Ça ne pouvait pas tomber sur le PSG ?!" Pour ce grand amateur de football, le choix est cornélien. Car Akhenaton, le rappeur marseillais, ne cache pas ses origines italiennes. Il les revendique "haut et fort". Et quand le chanteur du groupe IAM ouvre l'album aux souvenirs, il redevient Philippe Fragione.

"Je suis de la deuxième génération née en France. Mais je sais d'où je viens. J'ai été élevé à la sauce italienne." Il raconte alors la Toscane ou le village au-dessus de Gênes qui a vu naître certains de ses aïeux. Il parle de ce grand-père qui n'a jamais dit d'où il venait vraiment. Juste qu'il vivait dans le quartier du petit Saint-Jean au Panier, à son arrivée. Qu'il était d'une famille de pêcheurs et a, lui aussi, travaillé sur les chalutiers. Qu'il a été déporté, comme beaucoup d'Italiens pendant la Seconde Guerre mondiale, de Marseille à Fréjus, puis son installation à Plan-de-Cuques, petite commune dans la banlieue marseillaise. "Il a fini colporteur. Il vendait du linge à domicile."

Il évoque aussi cette grand-mère qui vendait des vins aux Carmes. Philippe Fragione, le sentimental, s'anime. Il parle de sa famille, celle du Sud de l'Italie. De Sperlonga et surtout d'Ischia, une petite île au large de Naples. "Il y avait des dockers et des boxers. La légende dit qu'ils n'étaient pas très commodes." Certains sont partis en Amérique, tenter leur chance. "Il y a ceux qui ont choisi la France et les autres, ceux qui sont restés." Avec eux, il a toujours des contacts et de merveilleux souvenirs. "Gamin, je partais en vacances là-bas. C'était terriblement bien. J'y ai appris à parler couramment la langue. C'était mieux que les cours en classe."

Parler de ses origines, c'est aussi parler cuisine. "J'ai détesté la cantine car on me servait des quenelles." Il préfère les plats typiquement italiens concoctés par sa grand-mère. "Les pâtes au poulpe ou les pâtes au lapin. C'était divin. Elle n'est plus là pour les faire." Il y a aussi l'anecdote des maccheroncini. Sourire. "Ce sont des gros macaroni. Avec mon frère, on aspirait la sauce tomate à travers le trou, ça avait le don d'énerver mon père."

Puis, il y a l'homme engagé. La voix s'emballe. Celui qui a toujours dénoncé le racisme sous toutes ses formes. Un engagement qui prend racine dans l'histoire familiale. "Peut-être. L'installation sur le sol français n'a pas été si facile. Ils ont été des immigrés avec tout ce que ça veut dire. Ma grand-mère m'a raconté que plus jeune, on lui jetait des pierres... elle était mate de peau." Enfin, il y a la musique. Deux chansons réveillent en lui de tendres souvenirs. "Vierno", l'hiver. "C'était la chanson préférée de ma grand mère. Elle est très mélancolique." Et "Maruzzella", un chant traditionnel. "Mon père était un inconditionnel de la version chantée par Sergio Bruni."

Il y a aussi "Métèque et Mat" son premier album solo profondément méditerranéen. Et pour cause, il l'a écrit entièrement seul et l'a enregistré à Naples en compagnie de musiciens locaux et même d'un chanteur traditionnel. "C'était fabuleux et magique", dit-il.

Cet amour de l'Italie, il a su le transmettre à ses trois enfants et à son épouse. "Je l'ai amenée là-bas pour la première fois en 1990. Elle a été séduite. Depuis, ils nous arrivent de partir tous les deux, même une journée à San Remo, pour faire un break et nous ressourcer." Le téléphone vibre. "Ce sont mes cousins napolitains. Ils ont commencé à me chambrer sur le match. J'aime les deux clubs, mais Forza Marsiglia !"

dimanche 10 novembre 2013

[DH.BE] IAM : "Si Le Pen passe, on s’installe à Bruxelles !"

Le groupe-clé du hip-hop français sort son "dernier album". Mais ne s’arrête pas… Ils sont les parrains, patriarches, d’un genre qu’ils portent toujours, malgré une quarantaine bien entamée, avec la même abnégation, la même philosophie, la même plume trempée dans une savante mixture de philosophie, de revendications, de culture et de véracité des quartiers, que celle de leurs débuts. Rien ne fera manifestement taire IAM, si ce n’est la réalité économique du marché de la musique. C’est ainsi que leur dernier album en date, IAM, dans les bacs ce 18 novembre, pourrait être le dernier… tout court. Vraiment ? Explications avec Shuriken, MC et Imhotep, compositeur et architecte de la musicalité IAM. Et auteurs, avec leurs potes du collectif marseillais, simple piqûre de rappel, de l’inusable chef-d’œuvre de huit minutes Demain, c’est loin. Que tout francophone devrait écouter, voire lire, avant de rejeter le rap d’un revers de l’oreille…

Tirons les choses au clair : IAM, c’est véritablement votre dernier album ?
Shuriken : "Oui, ce sera très certainement notre dernier album en contrat, avec notre maison de disques, Universal. Contrat signé dans les années 80, à une période où le marché musical était totalement différent, et qui touche à son terme. Ce sera donc, à moins de trouver une maison de disques envieuse de nous signer et de mettre les moyens nécessaires, le dernier album en tant que tel, dans la lumière du soutien d’une major. Mais ça ne veut pas dire qu’on arrête la musique. C’est peut être notre dernier album, mais IAM ne s’arrête pas… La passion est toujours intacte, on a encore des choses à dire. On est sur la route jusqu’à début 2015 au moins. Je passe plus de temps avec les gars qu’avec ma famille…"

Imhotep : "C’est qu’on reste absolument persuadés que la meilleure manière de défendre un disque, mais surtout notre musique, c’est sur scène. Après, il y a toujours la possibilité de travailler en label indépendant, mais, d’expérience, on sait que ça sera extrêmement compliqué."

Ce probable dernier disque s’inscrit dans la lignée d’Arts Martiens, sorti plus tôt dans l’année et qui est ce que vous avez fait de plus proche de votre album-cathédrale, L’école du micro d’argent.

Shuriken : "Absolument. On peut le voir comme une suite directe, il a été conçu au même moment, à New York, dans la foulée. L’éventualité d’un double album s’est posée à nous, mais on sait que le marché de la musique a changé. Et qu’un album passe désormais bien après les dernières Nike ou l’iPhone. Elle nous attriste, mais c’est une réalité."

Imhotep : "Il s’en distingue peut-être un peu par son caractère plus uptempo, et un côté revendicatif plus marqué, aussi."

IAM est détenteur d’une sonorité typique, qui mixe scratching, sampling de toutes les musiques du monde. Mais aussi le défenseur lyrical de certaines valeurs. À quel point vous flippez de voir Marine Le Pen aussi bien se comporter dans les sondages ?

Shuriken : "C’est devenu physique, cette dame me donne mal au ventre. Et la trouille. J’ai dit un jour qu’elle était plus dangereuse que son père. Plus vrai que jamais."

Imhotep : "Gaspard Proust disait, l’autre jour, qu’essayer le FN après que l’UMP et le PS n’ont pas fonctionné, c’était un raisonnement similaire à se dire : Tiens, y a plus rien dans le frigo, si je mangeais le bac à légumes ? Complètement d’accord."

Shuriken : "Si elle passe, j’te le dis moi, ils vont l’avoir leur république bananière ! Ça commence à puer sévèrement, et c’est le symptome d’une société malade qui se fourvoie en allant chercher des solutions sur un terrain où elles ne sont pas bonnes à prendre."

Vous êtes le porte-drapeau du rap français, mais de surcroît phocéen. Toujours aussi attaché à Marseille ?

Shuriken : "Bien sûr. On y a grandi, vécu, construit. Mais Marseille ne va pas mieux que lorsqu’on a commencé le rap, et c’est inquiétant."

Imhotep : "Le chômage est toujours en explosion dans certaines zones, les quartiers sont cloisonnés, la pauvreté perdure et la propreté fait défaut." C’est dingue, on vous ôte l’accent chantant, on pourrait penser que vous parlez de Bruxelles...

Shuriken : "C’est clair que pour venir souvent chez vous, et y avoir pas mal d’amis, on peut confirmer qu’il y a des similitudes."

Imhotep : "Si Le Pen passe, à mon avis, on ne s’éternisera pas en France... On pourrait totalement venir s’installer à Bruxelles... Plus qu’à Paris en tout cas !"

dimanche 27 octobre 2013

[SudInfo.be] IAM: «Le groupe n'a jamais été aussi soudé»


Bonjour IAM. Vous venez d’annoncer votre dernier album. Ça y est, c’est la fin du groupe de rap français culte ?

Akhenaton : Non, contrairement à ce que beaucoup de personnes peuvent croire, paradoxalement. C’est important de clarifier que notre groupe n’a jamais été aussi soudé et proche que ce qu’il est aujourd’hui. Et je pense que ça vient du fait qu’on fait beaucoup de concerts. Mais nous l’avons aussi ressenti en créant ce dernier album. Tant la conception, l’enregistrement, le mixe ou encore la promotion n’ont été que des grands moments de plaisir.

Imhotep : En plus, l’envie de créer et de travailler ensemble est toujours présente. On peut imaginer qu’une maison de disques dans 6 mois nous propose un contrat décent et nous fournit un cadre de travail acceptable, je pense que nous n’hésiterons pas longtemps pour faire un nouvel album.

De belles promesses que vous donnez à votre public qui espère certainement une suite ?

Shurik’n : Au niveau de la musique ce n’est pas fini, en tout cas ! Mais au niveau du dernier album, c’est vrai qu’on parlait d’un contexte contractuel. Et que nous souhaitions un certain confort de travail que nous ne sommes pas certains de retrouver. Ces types de contrats, on ne les retrouve plus forcément dans l’industrie de la musique de nos jours.

Aucune projection, donc, sans les bonnes collaborations ?

Shurik’n : C’est ça. Maintenant on a tous fait des expériences sur des projets annexes, des projets estampillés IAM ou d’artistes solos. Mais demain, reste très loin et il nous est difficile de pouvoir annoncer quelque chose. Ce qui est prévu, c’est beaucoup de scène jusque fin 2014. Voire au-delà. Après nous n’excluons rien, car la passion est là et l’envie commune reste. Tant qu’il y a cela, les portes sont complètement ouvertes.

En attendant, que retrouve-t-on dans cet album ultime intitulé « IAM » qui sortira le 28 novembre prochain ?

Akhenaton : Cet album est enregistré dans la continuité de celui qui précède « Arts Martiens » en fait.

Imhotep : Les titres faisaient partie de la même session d’enregistrement, composés et écrits d’ailleurs à la même époque. C’est pourquoi quand nous avons établi la tracklist définitive de « Arts Martiens », nous nous sommes retrouvés avec plus de 45 titres. Le choix était difficile, mais il a dû se faire. Alors nous avons trouvé dommage de ne sortir qu’un album car nous étions sur notre faim. C’était important de faire connaître les morceaux qui sortiront le 28 novembre 2013. Ça été rendu possible par le label Def Jam qui a accepté de le sortir et nous en sommes ravis.

Akhenaton : Mais on ne doit pas vous mentir, ce n’était pas gagné la sortie de « IAM », le prochain album ! Car certains morceaux prévus dans d’autres albums ne sont jamais sortis. Ici, c’est le contraire et c’est dû au fait que l’album « Arts Martiens », marche bien !

Et cet opus « IAM » s’inscrit dans la continuité de le public connaît du groupe ?

Akhenaton : Musicalement parlant, c’est dans la lignée. Mais peut-être avec plus de tempo, plus de mordant et des titres encore plus engagés. Si bien qu’on prend des risques à jouer des morceaux qui ne sont pas encore sortis. Mais au-delà des festivals, nous sommes dans une logique de la tournée d’IAM.

L’engagement, justement, parlons-en car c’est bien un terme qu’on associe à votre groupe. Au niveau de l’actualité française, le Front National qui perce en France comme le montre son score à Brignoles pour les cantonales, qu’est-ce que ça vous inspire ?

Shurik’n : Je vais rester poli (Rires). Cela fait peur et c’est de mauvais augure ! On se rend compte que des personnes cherchent des solutions là où elles ne sont certainement pas, car de ce côté-là, ça va être pire. Ils n’ont pourtant pas l’air de s’en rendre compte. Il y a beaucoup de désespoir, d’ignorance et de peur chez les gens qui sont les principaux matériaux de fonctionnement de l’extrême-droite.

Akhenaton : Les gens sont aussi aigris et ils n’arrivent plus à faire la part des choses. 30 ans que le Front National existe, donc leurs électeurs savent pour qui ils votent. Ils savent que c’est un parti raciste et xénophobe… Ce sont donc des irresponsables ! Quant à la classe politique, qu’elle soit de gauche ou de droite, elle devrait arrêter de dire que ce parti est constitué de contestataires. C’est peut-être des gens qui veulent faire la révolution et qui pensent, mais nous on va leur faire la révolution.

Et côté musique, pensez-vous qu’il y a dans la nouvelle génération des rappeurs tout aussi engagé que IAM ?

Akhenaton : Oui, on peut citer 1995, Youssoupha ou encore Orelsan. Shurik’n : En fait, ce n’est même pas qu’ils se rapprochent de nous, mais ils ont une conception du rap, plus particulièrement du hip-hop, qui est proche de la nôtre.

Quant aux autres, ceux qui sont dans les charts du moment tels que Booba, La Fouine ou Rohff ?

Akhenaton : Je ne sais pas, je ne les écoute pas et je ne connais même pas les morceaux.

Est-ce le signe d’un désintérêt ?

Akhenaton : Ce n’est pas du snobisme, car nous avons plus grandi avec le rap américain. Imhotep : D’ailleurs notre principale source d’inspiration est le rap américain qui est en perpétuelle évolution. Les trois sont pour nous des contre-exemples de choses que nous écoutons. Nous n’avons pas le temps. Alors oui, ils ont effectivement des clics, un buzz… Mais comme dit mon banquier, on ne paye pas son loyer avec des clics et du buzz. En plus, il y a une grande diversité dans le rap. Il ne faut donc pas se cantonner à la partie émergée de l’iceberg, aux quelques groupes qu’on entend sur les grands médias, les artistes un peu mainstream (NDLR : en vogue). On ne peut vraiment pas se limiter au rap commercial, bling-bling.

Enfin, quel regard jetez-vous sur votre parcours ?

Akhenaton : On en parle souvent car on évoque nos souvenirs. Je dirais qu’il n’y rien à regretter. Il y a eu de bons et de mauvais choix, mais cela a toujours été nos choix. IAM, si vous voulez, c’est une longue histoire de travail commun et surtout d’amitié. Quand on fait le calcul, je passe autant de temps qu’avec eux que ma famille. C’est donc aussi la famille, avec les bons et les mauvais côtés, des jours avec ou sans. Nous ne changerions rien à notre parcours ni à notre style de vie. Nous sommes vraiment très heureux de nous lever chaque matin et de faire ce métier. C’est une chance d’allier métier et passion, ce qui est tellement rare de nos jours.

jeudi 19 septembre 2013

[Télérama.fr] L'interview Marseille d'Akhenaton

© Denis Rouvre

Trois adjectifs pour qualifier Marseille…
Lumineuse, râleuse, fière.

De quelle couleur est Marseille ?
Bleue. Le drapeau de Marseille reflète bien ses couleurs dominantes, le bleu et le blanc, la mer et le ciel… Malheureusement, cette ville très bétonnée manque terriblement de vert.

Quel âge a Marseille ?
La Marseille d’aujourd’hui a 60 ans. Depuis la Seconde Guerre mondiale, on est passé d’un grand port à l’économie dynamique à une ville administrée comme un village par sa classe politique.

Décrivez en deux mots le Marseillais…
Un jusqu’au-boutiste. Tout ce qu’il fait, il le fait à fond… S’il ne fait rien, il le fait à fond ! Mais les plus gros bosseurs que j’ai rencontrés sont des Marseillais.

Et la Marseillaise ?
Très soignée, elle fait attention à son allure. Comme le Marseillais d’ailleurs. On ne peut pas les dissocier.

Quelle est la chose la plus cool à Marseille ?
La proximité avec la mer et les collines. La possibilité de se déconnecter de la ville, d’être complètement dépaysé en cinq minutes. Je suis parfois en colère contre elle, mais quand je vois le regard émerveillé des gens d’ailleurs sur Marseille, ça me réconforte.

Quel est le lieu qui fait le moins marseillais ?
La rue de Lyon, dans les quartiers nord ! Depuis que je suis petit, elle m’évoque les corons ! Que c’est triste!

L’odeur de Marseille c’est…
Un mélange d’odeur de mer et d’eau stagnante. La mer, pour la ville de voyage ; et la putréfaction marine pour te rappeler que c’est une cité populaire, pas une marina.

Selon vous, que manque-t-il à Marseille ?
Il faudrait abandonner le bricolage, l’ultra-clientélisme, les arrangements. Et l’esprit mafieux, qui a contaminé toute la société : maintenant, les gamins règlent des problèmes anodins façon mafia. Et quand tu vas dans une administration, il y a toujours un mec qui se prend pour Scarface !

Quelle coutume ou institution pourrait-on importer à Marseille ?
Pourquoi pas le Carnaval de Rio ? Avec des concerts monstrueux sur la plage. Mais ici, tu peux pas ! Car le maire de secteur a peur de déplaire à trois riverains.

Qui pour maire de Marseille ?
Jean-Claude Izzo, s’il était encore en vie. Il avait une belle vision de la ville : les deux bras ouverts sur tout Marseille, de L’Estaque aux Goudes.

Vous rebaptisez la Bonne Mère…
Je ne sais pas si j’ai envie de la rebaptiser. On l’appelle tous comme ça, c’est un repère. C’est la mère de tous les Marseillais, et pas le monument d’une seule religion. Dans notre dernier disque, on a un morceau qui s’appelle Notre-Dame veille… Et, heureusement qu’elle veille !

Quelle chanson évoque le mieux Marseille ?
J'aime l'om de Jo Corbeau ! Au-delà du foot, c’est une belle image de la ville, et de la vie. Quand j’étais petit, mon père la chantait tout le temps.

Bon, en vrai, Marseille est la capitale européenne de quoi ?
Du discours inutile, destructif, qui ne fait pas avancer les choses… « Ça c’est nul, ça c’est moche, ça c’est zéro… » Le Français est toujours négatif, mais le Marseillais, il pousse ça à l’extrême ! Je l’ai dit, c’est un jusqu’au-boutiste !

lundi 19 août 2013

[Next.fr] IAM: «Trappes, pain bénit dans le creux de l’actualité»


Fatigués, mais détendus et, par-dessus tout, «toujours là», ainsi que fredonné dans Spartiate Spirit, le titre qui ouvre Arts martiens, leur sixième album (en vingt-quatre ans de carrière), sorti fin avril. Cet été, IAM est sur les routes et la formule doit être prise au sens premier : au terme de neuf heures de bourlingue, le groupe arrive de Brive. Le temps d’une halte au festival normand de Briouze (lire page suivante) samedi dernier, et il file vers Dour, en Belgique. Puis Pau ce soir, Six-Fours, Lyon… Et il ne s’agit que d’une mise en bouche estivale, avant la «vraie» tournée, prévue sur un an, à partir d’octobre. «Nous n’avons pas fait de scène de 1997 à 2003 et ça a été si compliqué à vivre que nous nous sommes jurés d’essayer de ne jamais rester plus d’un mois sans jouer.»Voilà, pour qui douterait de la niaque des Marseillais, archétype hip-hop d’une mouvance hexagonale qu’ils ont originellement boostée avec NTM.
Avant un show vif faisant la part belle à l’Ecole du micro d’argent (la Saga, Petit frère, Demain c’est loin…), leur album de référence (1997), Akhenaton, Shurik’n, Imhotep et consorts se livrent à un commentaire de l’actualité : la leur, alerte, comme celle du monde, tel qu’il va - cahin-caha.
Peut-on lire le titre de votre dernier album, Arts martiens, comme une manière de boucler la boucle, vingt-deux ans après … De la planète Mars ?
Parlons plutôt de continuité, dans la mesure où nous continuons de nourrir des projets. Après, il y a une forme de récurrence dans nos textes qui amène à des renvois plus ou moins explicites, à l’Ecole du micro d’argent, par exemple. Dans ce disque, seul le morceauNotre Dame veille évoque Marseille, de façon guère reluisante en l’occurrence. Du coup, certains nous reprochent de tirer dessus à boulets rouges, ce qui n’est pas si simple. Juste avant, nous avions enregistré le Sud [extrait de l’album solo de Shurik’n, Tous m’appellent Shu, ndlr], qui avait une tonalité plus positive et lumineuse : aimer sa ville n’interdit pas de porter sur elle un regard parfois paradoxal, et Marseille demeure au cœur de nos préoccupations.
Vous avez donc forcément un avis sur son statut de capitale européenne de la culture…
Sur le papier, MP 2013, c’est bien. Mais dans les faits… On peut parler de succès populaire pour tout ce qui est gratuit, contrairement aux événements payants. Au moins l’opéra en profite et le Mucem semble un beau lieu. A un moment, nous espérions profiter de l’occasion pour avoir enfin un endroit dévolu au hip-hop, d’autant que beaucoup considèrent la ville comme un berceau du genre en France. Mais au bout de vingt ans, cela reste le néant, tandis que des villes comme Paris ou Lyon ont compris depuis longtemps l’intérêt de soutenir cette culture. De nombreux élus, gauche et droite confondues, campent sur la vision de Marseille comme un gros village qui sent bon la farigoulette. Du moment qu’on ne casse pas leurs petits royaumes, ils préféreront toujours rivaliser avec Tarascon, plutôt qu’avec Londres ou New York. Sans parler de cet éternel esprit jacobin qui caractérise ce pays comme aucun autre.
Votre esprit critique s’est toujours cantonné à une démarche artistique…
Nous maîtrisons les chiffres, notamment ceux des rapports de la Cour des comptes. Mais nous n’avons pas les clefs du coffre… et aimons trop notre liberté. Et qu’on ne vienne pas, comme l’ont fait certains politiques, nous reprocher de ne pas nous engager : chacun son job ! C’est trop facile de nous solliciter lorsque ça brûle, après avoir fermé des écoles, des centres socio-culturels…
Ce qui appelle un avis sur les événements survenus à Trappes (lire page 11) ce week-end…
Du pain bénit en période d’actualité creuse : «regardez ces méchants islamistes». Et observez la différence de traitement médiatique quand ça se castagne dans les cités, ou quand des pêcheurs ou des agriculteurs mettent à sac une préfecture. Nous défendons bien sûr certaines valeurs républicaines et tous les policiers sont loin d’avoir le même comportement ; mais, pour en revenir à Trappes, il faut se garder de toute conclusion sans connaître les faits avec exactitude, car si le gars a été contrôlé, comme nous l’avons nous-mêmes été, des dizaine de fois… La France continue de mettre le couvercle sur des tas de problèmes, mais un jour le retour de manivelle sera cinglant.
Ce que prophétisait déjà la scène rap des années 90…
Aujourd’hui, les gens ne vont pas dans la rue pour de bonnes raisons. Ils se bougent plus contre le mariage gay que pour défendre des acquis sociaux. Mais entendre un Cahuzac dire de se serrer la ceinture ne peut pas ne pas avoir de conséquences. Les petits délinquants des cités, ils veulent aussi consommer, se faire un max de blé sans se fouler. Comme les traders. L’exemple vient toujours d’en haut. Une de nos nouvelles chansons s’appelle les Raisons de la colère : «Quand on se tue à la tâche, pour rien dans la récolte / Normal que les vents portent la révolte.»
Si on vous avait prédit il y a un quart de siècle que vous seriez toujours là…
Nous n’aurions surtout pas imaginé avoir réussi à vendre autant de disques. Mais c’est bien la passion, la même foi qui nous animent. Dès le départ, nous avons combattu l’idée du rap comme un simple phénomène de mode. Cette musique est, après le rock, celle qui a démontré la plus grande longévité. La différence, c’est qu’aujourd’hui on trouve de tout, du hip-hop commercial qui inonde les médias dominants aux petites merveilles qu’il faut chercher sur Internet.
Que représente pour vous cette signature sur la filière française de Def Jam France (le label fondé en 1984 par Rick Rubin) ?

Def Jam incarne une référence mythique, avec des premiers noms comme LL Cool J, Beastie Boys… Cela renvoie aux vinyles qu’on allait gratter à New York, dans leur petit bureau. Longtemps, ce symbole a possédé une forte identité. Aujourd’hui, c’est plus diffus. Mais, si on arrive à vendre assez d’albums, le plus beau cadeau qu’ils pourraient nous faire serait de le presser en édition vinyle limitée dans leur fameux noir et grenat.